mercredi, 17 octobre 2012
BCE, Système européen TARGET et dettes souveraines
http://www.project-syndicate.org/commentary/the-ecb-s-sec...
Hans-Werner Sinn
Hans-Werner Sinn is Professor of Economics at the University of Munich and President of the Ifo Institute for Economic Research. He also serves on the German economy ministry’s Advisory Council. Hi…
[…] les marchés internationaux n’ont financé aucun de ces pays (Irlande, Grèce, Portugal, Espagne, Italie) de manière importante ces trois dernières années. Ils ont été financés par la Banque centrale européenne (BCE). Le système de règlement bancaire TARGET, jusqu’à présent ignoré par les médias, montre que la BCE a été beaucoup plus impliquée dans les plans de sauvetage qu’on ne le pense généralement.
Mais la BCE ne souhaite plus aujourd’hui poursuivre dans cette voie et voudrait que les membres de la zone euro prennent le relais.
[…]
A la fin de l’année dernière, la masse monétaire de la zone euro s’élevait à 1070 milliards d’euro, dont 380 milliards étaient absorbés par les prêts accordés aux GIPS. Continuer à financer les déficits des comptes courants de ces pays, à hauteur de 100 milliards d’euro environ par an, signifie que la totalité de la base monétaire de la zone euro serait consommée dans un délai de 6 à 7 ans.
Pour sortir de cette impasse, la BCE souhaite que la Facilité Européenne de Stabilisation Financière (FESF) prenne le relais, et certains pays demandent même la création d’euro-obligations. Mais cette option ne ferait que prolonger le financement communautaire des déficits de la balance des comptes courants des GIPS, en cours depuis quatre ans, pour deux ans de plus. En finale, soit l’euro s’écroulera, soit une Union de transfert sera établie dans l’Union européenne, par laquelle les déficits des comptes courants seront financés par des donations entre pays membres.
01:22 Publié dans Finance, Gouvernance, Régulation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook | |
Imprimer |
lundi, 10 septembre 2012
Démystifuer la finance : Les périls du nouveau rôle de la Banque centrale européenne
http://finance.blog.lemonde.fr/2012/09/09/les-perils-du-n...
Il y a quelque chose de paradoxal dans la soudaine mise en exergue des interventions des banques centrales, plus habituées à la discrétion qu’aux feux de la rampe. La Banque centrale européenne n’a pas cherché ce rôle périlleux de sauveteur de l’Eurozone, qui n’est pas dans ses statuts et pour lequel elle n’est ni préparée ni équipée. A cela s'ajoute le projet d’union bancaire qui va faire de la BCE le superviseur suprême des quelque 6 000 banques européennes. Elle y sera probablement obligée, alors qu’elle ne l’a pas demandé, et a même souhaité ne pas avoir cette charge.
Une dangereuse concentration de pouvoirs
Quel que soit le talent des dirigeants de la BCE, les décideurs politiques de l'Union européenne se sont littéralement lavé les mains de leurs responsabilités et ont mis la BCE dans une position fondamentalement intenable.
Une banque centrale n’est pas l’autorité responsable de la politique d’un pays en matière de devises. C’est aux ministres des finances qu’appartient cette autorité. Ils ont démissionné.
Une banque centrale n’a rien à faire dans une fonction de soutien de l’endettement abusif des Etats. C’est le rôle des Etats dans les traités européens.
Une banque centrale est responsable de la prévention de l’inflation et des taux d’intérêt monétaires, à savoir le court terme. Elle n’a ni les moyens financiers ni la structure nécessaire pour assurer le niveau des taux à long terme, que chaque pays doit assumer en fonction de sa situation de crédit. C’est aux gouvernements qu’appartient la politique de taux d’emprunt des pays.
Une banque centrale est le prêteur en dernier ressort des banques, mais pas à moyen terme. C’est un rôle stabilisateur des fluctuations à court terme des trésoreries des banques. Dans le cas de la BCE, le financement bancaire à moyen terme LTRO avait trois caractéristiques qui allaient au-delà de son rôle : la concentration de deux tranches de 500 milliards d’euros à quelques mois de distance, la prise de risque à trois ans pour laquelle elle n'a pas de financement adéquat et un taux d’intérêt en dessous du marché, qui la fait subventionner les Etats les plus impécunieux.
A cette fonction de préteur de dernier ressort, la BCE va maintenant ajouter une fonction de régulateur de l’union bancaire européenne. Ce n’est pas, en soi, nouveau, et les banques centrales jouent ce rôle dans de nombreux pays. Mais c’est l’ajout de ce rôle à tous les autres qui inquiète.
Il est sidérant de voir que personne ne pose le problème démocratique et politique de cette concentration dans une institution qui doit rester indépendante dans ses décisions. Nulle part une telle concentration n’a été mise entre les mains de la banque centrale de manière structurelle.
Une cible fragilisée
Le rôle de la BCE fragilise cette institution essentielle à l’équilibre financier de l’Europe. C’est la raison de l’opposition farouche et légitime de l’Allemagne à cette extension de ses interventions.
En effet, une attaque sur la devise, sur les taux d’intérêt, sur les banques, sur les Etats fait maintenant de la BCE une cible unique et multipolaire. La manière dont les Etats se sont débarrassé de leurs responsabilités sur la BCE risque de la mettre au premier plan de toute perturbation de l’un ou l'autre de ces aspects. Elle ne peut que décevoir.
Encore faudrait-il qu’on lui en donne les moyens. En cas de crise, elle devra inévitablement se retourner vers ses 29 actionnaires : les Etats de l’Eurozone. Faut-il préciser que cet engagement ne figure nulle part dans les dettes des pays concernés ?
Dès la prochaine crise, nous découvrirons qu’il n’y a plus de pare-feu et que les taux d’intérêt, l’Euro, les banques et les Etats flamberont simultanément et affecteront la BCE et, avec elle, l’Europe entière.
Définir un statut à long terme
Il ne s’agit pas de blâmer en période de crise. Mais il est important que les autorités politiques européennes réfléchissent à ce que sera le statut de la BCE sur le long terme.
L’Europe ne peut pas s’installer dans une structure qui met une seule de ses institutions sur des fronts aussi divers et interconnectés. Elle joue avec le feu. En agissant de cette manière, elle a concentré toutes les attentes sur un homme fort, et une institution qui n’a pas les moyens de ses attributions. Elle a donc concentré tous les risques.
Pour la BCE, c’est plus un piège qu’un privilège. Mario Draghi doit se souvenir de cet adage romain qui rappelait la fragilité des sénateurs de l’Empire. La roche tarpéienne est proche du Capitole.
14:33 Publié dans Finance, Gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook | |
Imprimer |
mercredi, 25 juillet 2012
Risque systémique - Dernière lettre de Graham Summers & assortie interview Olivier Demarche 10 juillet sur la récession
http://reflets.info/le-lapin-le-lapin-le-lapin/
it’s clear now that the world is entering a period of wealth destruction. Europe is in the midst of a sovereign debt crisis. History tells us that this will entail more than one sovereign nation going belly-up. Indeed, I believe that we’ll see ALL of the PIIGS as well as France stage sovereign defaults in the coming months.
After that will come Japan, then finally the US. By the time the smoke clears, we will have seen systemic collapse.
This will mean:
1) Many major banks disappearing, as well as numerous potentially lengthy bank holidays (think Argentina in 2001)
2) Multiple sovereign defaults as well as broad economic contractions and their commensurate unemployment/ civil unrest/ erasure of retirement accounts/ pensions (this process has already begun in some US municipals, e.g. San Bernandino and Stockton California as well as Harrisburg Pennsylvania).
3) Possibly new currencies being introduced or new denominations of currencies (say one new unit being worth 1,000 of the old one)
4) Massive wealth destruction to the tune of tens of trillions of Dollars (think MF Global i.e. the money is gone… only systemically… in fact we just had another such instance with PF)
5) A global contraction that will result in new political/ power structures being implemented as well as the breakup of various countries/ unions.
6) Very serious trade wars to begin (see Obama’s recent attack on China) and very possibly a real war.
If the above make you frightened, you’re not alone. As I’ve dug deeper and deeper into the inner workings of the global financial system over the past months, the information I’ve come across has only gotten worse. I’ve been holding off writing all of this because up until roughly April/May it seemed possible that the world might veer towards another outcome.
I no longer view this to be the case. I am almost certain that what I’ve written above will come to pass. I know that much of what I’ve written to you in the past could be labeled as “gloom and doom.” However, I want you to know that I do not use the words “systemic collapse” lightly. Indeed, I wish I wasn’t mentioning them now, but I’d be doing you a disservice not to bring them up because we’re well on our way towards it.
Interview de Olivier Delamarche
04:18 Publié dans Économie, Finance, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook | |
Imprimer |
samedi, 14 juillet 2012
SLATE.fr Le scandale du Libor aura-t-il enfin raison de la crédibilité des banques?
http://www.slate.fr/story/59239/banque-scandale-libor-cre...
Pendant des années, l'un des taux mondiaux de référence (Libor) a été manipulé délibérément par de grandes banques anglaises... dans leur seul et unique intérêt.
Le Libor (London Intebank Offered Rate, ou taux interbancaire) ne vous intéresse pas? Peut-être – mais sachez bien que lui s’intéresse à vous. Il y a certes bien peu de chance pour qu’un Américain moyen fasse une demande de prêt interbancaire à Londres; reste qu’une large gamme d’autres instruments financiers prend ce taux pour référence.
Les prêts à taux d’intérêts variables (prêts étudiant privés, crédits auto, emprunts-logement à taux ajustables, cartes de crédit, etc.) doivent être indexés sur un repère fondamental indiquant les coûts globaux des financements au sein du système financier. Il s’agit souvent du «taux de base» fixé aux Etats-Unis, mais le Libor fait lui aussi fréquemment figure de repère.
Si – comme tendent à le prouver de plus en plus d’éléments – le Libor a été manipulé délibérément (et pendant plusieurs années) par certaines banques, alors des millions de personnes ont bel et bien fait l’acquisition de produits financiers (de tous types) à un taux d’intérêt inadéquat. Des personnes innocentes ont été injustement délestées de larges sommes d’argent, tandis que d’autres ont profité d’aubaines tout aussi importantes – et tout aussi injustes. La structure de base du système financier mondial s’avère une fois de plus totalement inadaptée à sa fonction.
Des données fantaisistes
Le Libor est calculé par Thomson Reuters (agence de presse spécialiste de l’information financière) pour la British Bankers’ Association, à partir des informations fournies par les banques faisant partie de la BBA. Ces informations ne s’appuient pas sur les taux réels des prêts interbancaires: les banques se contentent de réaliser une estimation de ce qu’elles devraient débourser en cas de transaction. Les estimations les plus faibles et les plus élevées sont écartées, on réalise la moyenne du reste – et c’est ainsi que l’on obtient le Libor.
Vous estimez peut-être que les données économiques de ce type sont loin d’être solides - et vous avez raison. Car c’est là une simple supposition, pas une véritable mesure. Elle est formulée par une association professionnelle, pas par un organisme de régulation. Elle est par ailleurs auto-déclarée, et ne s'appuie donc sur aucune donnée librement accessible. Au fil des décennies, le Libor a toutefois fini par occuper un rôle fondamental dans la conduite des transactions économiques. Dans un monde de grandes sociétés de services financiers aux multiples facettes, les excentricités inhérentes au processus de détermination du Libor ne pouvaient que se terminer en conflit d'intérêt. Au sein d’une même banque de la BBA, une division pouvait fonctionner normalement, et diffuser ses données Libor quotidiennes sans se mêler des affaires des autres – tandis qu’une autre négociait des contrats d'échange de taux d'intérêt, des contrats à terme sur devises ou d'autres produits dérivés. Précisons que le succès ou l'échec futur de certaines de ces transactions pouvaient tout à fait dépendre d'une hausse ou d'une baisse du Libor. Seulement, voilà: ce dernier n'est pas une donnée extérieure aux activités des banques, et il est tout sauf une évaluation objective. Une banque pouvait ainsi tenter d'adapter les données qu'elle fournissait à l'agence Reuters aux besoins de sa salle de marchés, plutôt que de lui communiquer des estimations de bonne foi.
Manipulations
Or, selon les premières conclusions des enquêtes menées aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, c'est très précisément ce qui s'est passé. A ce stade, la grande majorité des informations compromettantes dont nous disposons proviennent d'une seule banque: Barclays. Non parce qu'elle était la seule à tricher, mais bien parce que ses dirigeants ont décidé de balancer leurs confrères en coopérant avec les enquêteurs. Pour l'heure, les meilleurs documents relatifs au scandale demeurent cette série d'emails désopilants que se sont échangés les traders de la banque et les employés chargés de rédiger les estimations Libor. Citons le message d'un trader, qui remercie un collègue d'avoir trafiqué les chiffres à son avantage: «Mec, je te dois une fière chandelle! Passe après le boulot un de ces jours, j'ouvrirai une bouteille de Bollinger».
Lorsque l'économie mondiale a basculé dans la crise, la manipulation des chiffres du Libor est devenue plus inquiétante. En principe, les taux des prêts interbancaires en vigueur sont un excellent outil de mesure de la santé du système bancaire dans son ensemble. Des taux faibles indiquent que les banquiers accordent une grande confiance à leurs confrères ; les taux de prêts publiés transforment donc des ragots d’initiés en informations publiques. Mais pendant la crise, les régulateurs britanniques semblent avoir encouragé les membres de la BBA à sous-estimer collectivement leurs estimations, de manière à maintenir l’illusion d’une bonne santé financière.
Cette sous-estimation collective pourrait certes être justifiable: en termes de régulation, cette méthode était peut-être au monde de la finance ce que le code rouge est à l’armée américaine. Qu’est-ce qu’une poignée d’entorses aux règles en vigueur face aux répercussions désastreuse qu’engendrerait une crise bancaire de nature systémique?
Un monde de Banksters (banquiers gangsters)
En revanche, la diffusion de données modifiées dans le seul but de dégager des profits en salles de marchés est un parfait exemple du type de situations qui nous expose au risque de nouvelles crises financières. Précisons: le fait qu’un grand nombre de personnes aient perdu de grosses sommes d’argent à la suite d’une surévaluation délibérée des taux d’intérêt n’est pas, en soi, le véritable problème. Ces gens ont bel et bien perdu de l’argent, et ces pertes vont visiblement faire l’objet de procès de grande ampleur. Le vrai problème, c’est que la finance internationale s’est muée en compétition impitoyable. Les firmes font des pieds et des mains pour dénicher de nouvelles (et meilleures) possibilités de profit. Dans le même temps, une bonne partie du système n’est pas encore sortie de l’époque où l’élite - et son réseau – était aux commandes, et où les mesures étaient mises en œuvre sur le mode de l’accord tacite (ou «gentleman’s agreement»).
En décidant de calculer le Libor à partir d’informations recueillies de façon relativement informelle, on a créé une puissante possibilité d’arbitrage: toute banque désirant abuser de l’accord tacite pouvait générer des profits conséquents et sans risques. Et les professionnels acharnés de la finance d’aujourd’hui sont des virtuoses de l’arbitrage – et s’en servent pour contourner les instances de surveillance et de régulation (aussi efficaces soient-elles), avec une aisance des plus terrifiantes.
On ne compte plus les problèmes provoqués par des banquiers qui, à force de ruse et d’inventivité, étaient parvenus à saper les intentions des systèmes de régulation. L’affaire du Libor a mis en évidence une vérité simple, mais rarement exposée de la sorte: lorsqu’il y a de l’argent à la clé, une banque moderne est tout à fait disposée à mentir. Dans l’establishment économique, l’affaire en a scandalisé plus d’un, notamment en Grande-Bretagne; The Economist a même fini par lui consacrer une couverture saisissante, qualifiant les banquiers mis en cause de «Banksters».
Pour l’heure l’onde de choc n’a pas encore atteint l’autre côté de l’Atlantique, mais il faut espérer qu’elle arrivera bientôt. Les Etats-Unis ont certes adopté une importante modification de leur système de régulation financière en 2010; reste à savoir s’ils sont parvenus à modifier l’attitude du système de régulation en elle-même.
L’affaire du Libor est riche d’enseignements:
- les régulateurs doivent comprendre que les banquiers ont tiré un trait sur les valeurs des élites d’antan, et ils se doivent d’ajuster leurs décisions en conséquence.
- Les banques s’efforcent de respecter la lettre de la loi, mais s’engouffrent sans remords dans toutes les brèches – en employant des méthodes malhonnêtes si besoin est.
- Les gendarmes de la finance doivent faire preuve d’une extrême méfiance envers les entités régulées.
Les propositions de renforcement de la régulation des affaires sont souvent critiquées; certains affirment ainsi qu’une plus grande rigueur pousserait l’activité économique vers des places financières étrangères. A court terme, ce serait certainement le cas.
Les banques voudront s’établir sur la place la moins susceptible de sanctionner ses transactions douteuses. Mais à quoi bon transformer son pays en terre d’accueil pour banquiers malhonnêtes? Cette stratégie de développement économique finira forcément par engendrer un système financier rongé par la fraude. L’heure n’est plus à la surprise. Regardons la réalité en face: nous ne faisons que récolter les fruits d’un système de régulation qui, par essence, est vicié.
Traduit par Jean-Clément Nau
20:05 Publié dans Finance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook | |
Imprimer |
mercredi, 13 juin 2012
AGORAVOX : La monnaie
Article d’A-J Holbecq
http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-mon...
Souvent reviennent les mêmes questions, les mêmes erreurs, les mêmes incompréhensions, les mêmes arguments erronés. Le but de ce court article est de tenter de vulgariser, aussi simplement qu’il se peut et sans trop entrer dans les détails, la « fabrication moderne de la monnaie »
D’abord, il faut le rappeler:
- sous le terme de monnaie on regroupe tous les moyens de payement plus ou moins « liquides » (bien que souvent il arrive d’utiliser ce terme pour parler de « monnaie manuelle », les espèces qui peuvent se transférer de la main à la main). La liquidité, c’est la faculté pour la monnaie d’être rapidement disponible sans perte de valeur.
- La banque centrale détermine trois niveaux de liquidité qui sont en même temps des « masses monétaires » … celles dont nous (les « agents non bancaires ») nous nous servons pour nos placements à courts ou moyens termes
- M1: qui comprends les espèces (qui sont simultanément comptabilisés dans l’agrégat M0, monnaie de la Banque Centrale) et les Dépôts à Vue (DaV), c’est à dire ce que vous avez dans votre porte monnaie et le solde instantané des comptes courants bancaires>
- M2 qui est l’agrégat intégrant certains livrets d’épargnes (dépôts à terme) en plus de M1″>
- M3 qui est l’agrégat intégrant par exemple des OPCVM
(extrait du blog “les-crises”)
Ce qui est d’une liquidité risquée (difficulté de disposer rapidement de l’épargne), dont le terme est à plus de 2 ans ou qui risque de perdre trop de valeur lors de la transformation vers une forme de forte liquidité (M1) n’est pas comptabilisé par la Banque Centrale sous le terme de « monnaie »; mais il faut bien comprendre qu’il s’agit de simples conventions. Par exemple les anglais calculent un agrégat M4 ce que nous faisions également jusque dans les années 80′, alors que les étasuniens on abandonné la publication de M3, ne considérant plus cet agrégat comme de la monnaie. Nous pourrions aller plus loin comme Pierre Aunac et considérer qu’il n’y a de monnaie QUE dans M1 (M2 et M3 sont des ensembles vides)
Autre point : non, ce n’est pas l’État qui crée la monnaie, non ce n’est pas la Banque Centrale (BCE ou Banque de France (à l’exception des espèces et de la monnaie d’utilisation réservée au système bancaire), non la monnaie n’est pas gagée sur l’or qui serait présent dans les coffres de la Banque de France, non la monnaie n’est plus corrélée à l’or d’aucune manière (et ce, depuis 1971)…
Il était une fois…
L’histoire de la monnaie moderne a commencée en 16xx, principalement à Londres. Les gens fortunés déposaient – en payant un droit de garde – leur or ou leurs autres valeurs chez les orfèvres qui disposaient de coffres bien gardés. L’orfèvre leur signait un reçu nominatif détaillé qui progressivement fut remplacé par un reçu (toujours nominatif) indiquant seulement la valeur des métaux précieux: un « certificat de dépôt »
Plutôt que d’aller rechercher les valeurs métalliques laissés en dépôt chez l’orfèvre pour effectuer leurs paiements à leurs fournisseurs, les déposants prirent progressivement l’habitude d’obtenir de l’orfèvre des certificats de dépôts anonymes, qui, passant ainsi de main en main en tant que moyen de paiement, circulaient dans l ’économie.
Jusqu’ici les certificats de dépôts disposaient d’une couverture totale en métaux précieux et pouvaient sans aucune difficultés être tous échangés par l’ensemble des valeurs détenues dans le coffre de l’orfèvre.
Au fil du temps, les orfèvres font le constat que peu de certificats de dépôts reviennent chez eux pour être échangés; il circulent indépendamment de l’or qui est leur contrepartie. Vers 1675 des orfèvres émettent les premiers certificats de dépôts qui ne sont plus gagés sur de l’or effectivement déposé mais sur une simple reconnaissance de dette (une créance pour l’orfèvre). Par ce double pari ( tous les déposants ne viendront pas chercher leur or simultanément, les gens ignorent la proportion de certificats de dépôts qui ne sont pas couverts par des valeurs métalliques), ces orfèvres devinrent banquiers.
Et maintenant ?
Imaginez que vous soyez dans un pays où il n’y a qu’un seul réseau bancaire (Réseau A) et pas de banque centrale. Un entrepreneur va voir le banquier et lui demande 1 milliard d’unités monétaires. De la même manière que l’orfèvre devenu banquier émettait des certificats de dépôts en échange d’une reconnaissance de dette, le banquier va émettre un certificat de dépôt d’1 milliard au bénéfice de l’entrepreneur, en créditant le « compte à vue » de celui ci, et c’est devenu de la « monnaie » avec laquelle l’entrepreneur pourra effectuer ses paiements: ce dépôt à vue au compte de l’entrepreneur est inscrit en « passif » au bilan du banquier (nous verrons pourquoi). En garantie de remboursement au terme donné (ne parlons pas pour le moment des intérêts) l’entrepreneur amènera une hypothèque, une caution, un nantissement, sa reconnaissance de dette, etc, – c’est le banquier qui décide quelle garantie il accepte – que le banquier portera à l’actif de son bilan; les deux opérations ont lieu simultanément. On dit que le banquier monétise des actifs non monétaires pour créer de la monnaie dite secondaire (monnaie de réseau bancaire A, comme, nous le verrons ensuite, il peut exister des monnaies de réseau bancaires B, C, D, etc…)
Puisque (par hypothèse dans ce début d’explication) il n’y a qu’un seul réseau bancaire, tous les fournisseurs, les employés, les consommateurs ont leur compte bancaire dans ce réseau; la monnaie ne passe en fait que d’un compte à l’autre et, pour le remboursement il faudra qu’elle revienne totalement à l’entrepreneur (et ce jour là il n’y aura plus de monnaie du tout).
Si c’était aussi simple, vous voyez que le réseau bancaire unique n’aurait aucune difficulté à émettre toute la monnaie qu’il veut… par simple « monétisation » d’un actif non monétaire qui peut prendre plusieurs formes (obligation, immobilier, oeuvre d’art, etc,).
Mais dans la réalité ce réseau bancaire n’est pas seul (il a des concurrents), les Etats leur ont imposé des règles prudentielles (règles de « prudence »), et une banque centrale chapeaute leur activité en se réservant l’émission de monnaie centrale (dite aussi monnaie de base, dont nous utilisons un type: la monnaie manuelle que sont nos actuels billets de banque).
Voyons tout cela.
La plus importante des règles prudentielle est issue des règlements dits « de Bâle » (Bâle 2, Bâle 3). Elle impose que les crédits émis par un réseau bancaire ne dépasse pas 8% de ses fonds propres, ce qui a pour conséquence que l’émission de crédit ne peut, toujours pour ce réseau bancaire donné, ne pas dépasser 12,5 fois ses fonds propres.
La Banque Centrale de son coté impose d’abord à chaque réseau bancaire d’assurer la distribution de sa monnaie, la « monnaie fiduciaire » ( ou espèces ou monnaie manuelle: vous constatez que nous avons jusqu’ici évité d’utiliser le terme de « monnaie fiduciaire » souvent utilisé pour désigner les espèces; la raison en est seulement que ce terme est issu du mot latin « fidus » dont la signification est « confiance » ; n’aurions-nous confiance que dans la monnaie émise par la Banque Centrale?) . Les réseaux bancaires doivent de ce fait se procurer cette monnaie fiduciaire à la Banque Centrale qui va la créer, par un processus identique à celui de la création de monnaie secondaire par les réseaux de banques commerciales, en déposant une obligation (obligation dite « éligible ») à l’actif de la Banque Centrale, laquelle portera à son passif cette monnaie fiduciaire qu’elle confiera aux banques commerciales pour satisfaire la demande de la population (en se souvenant que, évidemment, les banques ne vous échangeront cette monnaie centrale que contre un diminution de leur dette envers vous, c’est-à-dire une diminution de votre compte courant. La demande constatée des espèces est de l’ordre de 13% des dépôts ; elle est variable selon le lieu (ville ou campagne), selon la période (semaine, weekends, vacances, fêtes), selon les pays et les habitudes.
La Banque Centrale va aussi imposer aux banques commerciales de déposer – toujours en monnaie centrale (mais cette fois « monnaie scripturale » ou électronique) sur leur compte (toutes les banques commerciales sont tenues de disposer d’un compte en Banque Centrale) un montant correspondant à un certain pourcentage des dépôts de leurs clients: il s’agit des réserves obligatoires ». Ici une précision importante s’impose: on lit ou on entends souvent une imprécision sous la forme « les banques commerciales doivent bloquer X% des dépôts de leurs clients sur leur compte en Banque Centrale », et le lecteur pourra penser qu’une partie des dépôts des clients ou épargnants serait transférés sur la Banque Centrale! Non, ce n’est pas le cas: il n’y a aucun « passage » de la monnaie secondaire vers de la monnaie de base et les comptes des déposants ne sont pas bloqués ni transférés; c’est bien l’équivalent de X% des dépôts qui se retrouve en Banque Centrale et non une partie des dépôts.
Actuellement (début 2012), ce taux de réserves obligatoire est, dans la zone euro, de 1%, mais il peut varier suivant les desiderata de la Banque Centrale (en Chine il est d’environ 20%); c’est un des moyens dont dispose la Banque Centrale – avec le taux dit « de refinancement » - pour faciliter ou limiter l’émission de crédit.
Nous disions aussi que les différents réseaux bancaires ne sont, par définition, pas seuls dans leur coin à émettre leur propre monnaie dont leurs seuls clients se serviraient: il y a bien une « interconnectivité » de ces monnaie (lorsque vous utilisez les euros de votre compte vous ignorez si l’origine de la création monétaire de « ces » euros est celle de votre réseau bancaire ou d’un réseau concurrent qui aurait abouti au final sur votre compte lors de paiements de fournisseurs, de salaires ou autres échanges commerciaux.
Mais comment se fondent en une seule « unité » ces euros d’origine BNP, SG, Crédit Mutuel, CA ou autres ? C’est simplement parce que les banques commerciales, en elles, n’acceptent que des paiements sous forme de monnaie centrale et les « compensations » lorsqu’elles sont négatives (solde dû d’un réseau bancaire à un autre réseau bancaire) correspondent au troisième besoin de monnaie centrale pour les banques commerciales.
Résumons:
a) les réseaux des banques secondaires émettent la monnaie dite « de crédit » par simple monétisation d’actifs (nous verrons que les banques peuvent aussi émettre de la monnaie pour compte propre)
b) la monnaie est simplement un moyen d’échange basé sur la confiance dans le système bancaire qui garanti que la monnaie « secondaire » qui circule pourra à tout moment être échangée en cette monnaie d’une « qualité » supérieure, celle de la Banque Centrale.
c) l’ensemble des besoins de monnaie centrale pour les banques commerciales (appelé aussi « les fuites ») sont:
- les besoins d’espèces
- les besoins correspondants aux réserves obligatoires
- les besoins de compensation envers leurs concurrents.
Nous pouvons maintenant entrer dans les détails.
Plutôt que de suivre l’habituelle démonstration que vous trouvez dans tous les ouvrages universitaires sur la monnaie, qui commencent par l’explication de la création monétaire par un réseau bancaire, puis par deux, puis avec l’introduction de la Banque Centrale, nous allons essayer de vous faire comprendre globalement le système.
Nous avons vu que si l’on considère l’ensemble des réseaux bancaires ceux ci sont soumis à deux types de besoins de monnaie centrale (réserves obligatoires et satisfaction des demandes des agents non bancaires en « monnaie manuelle », tels les ménages et les entreprises ). Le troisième type de « fuite », les soldes de compensations entre réseaux bancaires, s’annulent, les soldes créditeurs des uns envers leurs concurrents étant équilibrés par les soldes débiteurs des autres; on peut en fait considérer que nous sommes dans un système à un seul réseau bancaire ET une banque centrale.
Admettons ici que la demande de billets plus les réserves obligatoires représentent un total de 20% des dépôts (donc des crédits accordés sur une certaine période). Si ce réseau bancaire unique a émis 100 de crédits, il va devoir obtenir 20 de la Banque Centrale, de cette monnaie qu’il ne peut lui même produire: on dit que son coefficient multiplicateur de crédit est de 5 (on peut, en inversant le sens de causalité, considérer que la Banque Centrale est « obligée » de fournir les 20 demandés par les banques – simplement pour éviter un blocage du système -, et on parle dans ce cas de « diviseur »).
Si (autre exemple) nous avions une demande de billets de 10 plus les réserves obligatoires de 1, le coefficient multiplicateur devient 9 (100 divisé par 11)
Ces coefficients représentent la capacité de création monétaire, pas nécessairement ce qui est constaté en réalité.
Note 1 : comme l’écrit la Banque des Règlements Internationaux : « le niveau de réserves n’influe qu’à peine les décisions par les banques de prêter. Le montant de crédits en cours est déterminé par l’empressement des banques de fournir des prêts, fondée sur le compromis profitabilité/risque perçu, et par la demande pour ces prêts. La disponibilité globale des réserves ne contraint pas directement l’expansion du crédit. La raison est simple : comme expliqué dans la Section I, lors du graphique I – de loin le plus commun – afin d’éviter une volatilité extrême du taux d’intérêt, les banques centrales fournissent des réserves sur demande du système. Dans cette perspective, un minimum obligatoire de réserves, en fonction de leur rémunération, affecte le coût de l’intermédiation de ces prêts, mais ne contraint pas l’expansion du crédit quantitativement. »
Note 2 : Reconnaissons que nous avons simplifié légèrement : les chiffres exacts dans ces deux exemples sont de 5,26 et 9,09 car la formule exacte du multiplicateur est K= 1 / [X + Z (1 – X)] avec coefficient de préférence pour les billets et Z le coefficient de réserves obligatoire; cette différence est due au fait que les fuites de demande de monnaie fiduciaire sont calculées sur les crédits alors que les réserves obligatoires sont calculées sur les dépôts…. mais ce qui est important à connaître ce sont les ordres de grandeur
Si on fait intervenir différents réseaux bancaires en notant Y la part de marché de crédits des autres réseaux bancaires, la capacité multiplicatrice d’un réseau A est, en prenant …- le coefficient X de préférence pour les billets
– la part de marché Y des autres réseaux bancaires que A
– le coefficient Z de réserves obligatoires… le multiplicateur de crédit K pour le réseau bancaire A est de
1 / [X + Y (1 - X)+ Z (1 – X - Y (1 - X))]Par exemple :
- X = 0,13 (13%)
– Y = 0,9 (soit 90%)
– Z = 0,02 (2%)On obtient une capacité de création monétaire (multiplicateur potentiel de la monnaie de base) de 1,07 pour le réseau A et de 6,48 pour les autres réseaux qui disposent d’une part de marché de 90%
Dans une hypothèse où le taux de réserves obligatoire serait de 2% et où la préférence pour les billets diminuerait à 2%, la capacité de création monétaire de crédit de l’ensemble du système bancaire dépasserait un K = 25 ; ce serait dans ce cas la limitation des fonds propres – devant être supérieurs à 8% des crédits – qui interviendrait probablement bien avant que ce chiffre ne soit atteint)
Le graphique ci dessous montre la capacité de création monétaire de l’ensemble des réseaux bancaires dans différentes hypothèses de réserves obligatoires pour une demande de billets choisie ici à 13% (mais c’est une simple constatation issue du rapport de la monnaie fiduciaire sur les crédits, qui, comme nous l’avons dit, est variable suivant la période de l’année et la zone géographique).
Dans quels cas y a t-il création monétaire par un réseau bancaire?
a) lors de l’achat d’un actif par lui-même : Escompte de traites, achat d’action, d’obligation publique ou privée, ou de biens immobiliers (actifs réels)….mais n’oublions pas les fuites auxquelles il va devoir faire face en fonction de sa part de marché.
b) lors de l’octroi d’un crédit :Crédit à la consommation, crédit à l’investissement, crédit immobilier, crédit de trésorerie, autorisation de découvert. Nous ne parlons pas ici de prêts d’épargnes antérieures existantes lesquelles ont de toute façon pour origine un crédit.
c) lors du versement de devises >(une devise étrangère est un titre de créance sur l’étranger) par un de ses clients.
A l’inverse, il y a destruction monétaire (la monnaie disparaît des comptes de dépôts) lors de la vente d’un actif, d’un remboursement d’un crédit, d’un retrait de devises, de telle manière qu’en période normale la masse monétaire totale, solde instantané des créations diminuée des destructions, croit d’une manière raisonnable.
Il faut maintenant répondre à l’objection que vous feront peut-être quelques petits banquiers (sans que ce terme de « petit » ne soit péjoratif), qui vous diront qu’ils ont besoin de « ressources » ( ensemble des dépôts) pour créer des « emplois » (prêts ou financements, charges) ?
Votre banquier vous dira qu’il ne crée pas de monnaie … pourquoi ?
Dans son activité, ce banquier, trésorier d’agence, ne s’inquiète pas de savoir s’il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c’est le système qui va la rappeler à l’ordre, car il faudra soit qu’il s’endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu’il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus, son bilan n’est pas inépuisable….)
1 – Au niveau d’une banque prise isolément, les deux positions suivantes correspondent à l’expérience du banquier :
a) il crée des dépôts en « achetant » (en monétisant) une créance (une reconnaissance de dette) et en payant cet achat de créance par une inscription immédiate du montant au crédit du compte à vue du client, lequel pourra utiliser ce compte pour régler ses dépenses.
b) il a quand même besoin de dépôts car il va devoir financer son déficit de trésorerie en monnaie centrale vis à vis des autres banques (si ce n’est pas le cas il devra se refinancer dans cette monnaie centrale car pour avoir des comptes équilibrés en elles, les banques doivent “marcher au même pas” entre les parts de marché de crédits et les parts de marché de dépôt ).
Donc le banquier isolé n’a pas le sentiment qu’il peut créer de la monnaie avec son stylo, parce qu’il faudra bien qu’il “finance” le prêt qu’il a accordé.
2 – Au niveau du système bancaire dans son ensemble, toutes les banques prêtent (elles font toutes le point 1a ci-dessus), et vont donc (pas forcément consciemment) se refinancer les unes les autres.
Prenons un cas très simple où la monnaie n’est composée que de dépôts bancaires (pas de réserves obligatoires ni de demande de billets de la part de sa clientèle, la seule nécessité restant la compensation interbancaire) et où l’ensemble des dépôts des clients dans tout le réseau bancaire est de 100 000.
Supposons une toute petite banque A qui fait 1% de part de marché de l’ensemble des dépôts toutes banques confondues. Les dépôts de ses clients sont donc de 1 000 et la part de marché des autres banques prises dans leur ensemble est donc de 99% de l’ensemble des dépôts, ce qui représente un total de 99 000
Supposons que cette banque A augmente ses crédits (et donc – instantanément – ses dépôts à vue) de 100 (10%). Elle va devoir financer 99 (la quasi totalité) qui part vers les autres banques (les fuites), puisque 99% des comptes à vue sont détenus par des clients dans les autres banques (toutes choses égales par ailleurs).
Mais, heureusement, les autres banques vont aussi prêter (si elles ne le faisaient pas, elles perdraient une partie de leur clientèle qui irait vers la banque prêteuse et donc des dépôts), c’est-à-dire créer des dépôts et subir des sorties qui vont aller vers les autres banques.
Supposons donc que les autres banques augmentent leurs crédits/dépôts à vue de 10% également, c’est-à-dire de 9 900. Elles vont subir globalement une fuite de 1% de 9 900 vers la banque A, soit 99.
La banque A reçoit donc ces 99 sous forme de dépôts, lesquels vont “financer” le crédit qu’elle a consenti,mais on comprend bien que le crédit qu’elle a fait >précède les dépôts.
Donc, le système bancaire dans son ensemble aura créé 10 000 de monnaie de crédit, mais chaque banquier-trésorier aura eu le sentiment qu’il les a financés par des dépôts venant des autres banques et qu’il a ainsi mobilisé de l’épargne préexistante (des « ressources »). Ainsi, le témoin extérieur de cette opération aura l’impression que ce sont les dépôts à vue qui sont prêtés, alors qu’il s’agit de création monétaire par le crédit, créant ces dépôts.
Dans ce qui précède la simplification est patente. Un réseau bancaire (« une banque »), lorsqu’il monétise des créances, est tenu de disposer :
a) Dans son bilan, de sensiblement 8% (qui peut descendre à 4%) des crédits en cours sous forme de capitaux propres pondérés formant une « base de capital » (ratio Mac Donough dans le cadre des règles de Bâle II). Il n’y a évidemment pas de dépôt de ces 8% en banque centrale, mais ce sont ces besoins de 8% de fonds propres qui expliquent l’idée que les banques peuvent créer 12,5 fois la monnaie qu’elles détiennent.
b) d’une certaine quantité de monnaie centrale correspondant à ce que l’on nomme « fuites », et qui correspond 1) à la demande de monnaie fiduciaire par le secteur non bancaire, 2) aux réserves obligatoires – montant bloqué en Banque Centrale – et correspondant à 1% des dépôts (dépôts à vue, dépôts à terme d’une durée inférieure ou égale à deux ans, dépôts remboursables avec un préavis inférieur ou égal à deux ans, titres de créances d’une durée initiale inférieure ou égale à deux ans), 3) aux besoins de compensation qui se produisent dans les cas montrés ci-dessus.
S’il est connu que l’ensemble des réseaux bancaires (puisque les compensations entre les banques s’annulent), peut émettre une quantité limitée de monnaie scripturale (reconnaissances de dettes), à partir d’une quantité donnée de monnaie centrale qu’il détient ou qu’il peut se procurer. Ce coefficient multiplicateur est connu de tous les économistes et il est égal à 1 / [X + Z (1 – X)] (avec X le coefficient de préférence pour les billets et Z celui des réserves obligatoires).
Néanmoins, dans un document récent (6 mai 2009), Patrick Artus a confirmé que les banques n’utilisaient pas totalement ce pouvoir de création monétaire : “Une porosité entre base monétaire et masse monétaire est le multiplicateur monétaire. Or, il s’est effondré. Alors que les banques européennes génèrent habituellement 4800 euros à partir de 1000 euros de monnaie banque centrale, leur capacité de création monétaire est tombée à 3500 euros depuis Lehman”.
Pour finir n’oublions pas de préciser que lorsqu’un emprunteur rembourse à sa banque, le capital emprunté (et dépensé), sa banque efface sa reconnaissance de dette : la monnaie est ainsi détruite (nous ne parlons pas ici des intérêts). En effet la création de monnaie scripturale par un réseau bancaire est stricto sensu l’inscription simultanée du montant du crédit sur le compte de l’emprunteur qui va ainsi pouvoir payer ses fournisseurs, parallèlement à l’inscription de la dette (je préfère dire « la garantie »), à l’actif du bilan de la banque. Inversement, le remboursement du prêt équivaut à la suppression simultanée de l’inscription à l’actif et du montant équivalent sur le compte de l’emprunteur (qui avait donc dû le rendre créditeur du même montant) : il n’y a pas de transfert du capital remboursé de la part de l’emprunteur vers la banque.
Je précise bien que nous avons parlé ici de la création de « monnaie » bancaire privée scripturale et non du second rôle des banques, celui de « circulateur d’épargne ». Comme l’écrit André Chaîneau : “L’étonnant est que pendant très longtemps – et peut-être même encore ! – la création monétaire a été ignorée comme élément des moyens de financement de l’économie ! En effet, la théorie limitait l’offre de fonds prêtables à n’être qu’une offre de ressources épargnées par les agents du secteur non bancaire, une offre qui ne débordait pas du cadre de ce secteur non bancaire. En conséquence, le secteur bancaire était ignoré! Mais le problème que les banques vont maintenant poser n’est évidemment pas celui de leur existence, mais celui de leur double fonction. Elles ne sont pas seulement les institutions créatrices de monnaie étudiées jusqu’à maintenant; elles sont également des institutions collectrices d’épargne. Aussi participent-elles au financement de l’économie non seulement en y injectant de la monnaie, mais également en y faisant circuler l’épargne.”
Mais, d’où vient cette épargne préalable ? Qui l’a « fabriquée » à l’origine? Je vous laisse y réfléchir
Il faut aussi répondre à deux questions souvent posées.
a) – « pourquoi les banques devraient se prêter de l’argent entre elles, ou, à défaut, se refinancer à la banque centrale si elles peuvent créer de la monnaie ?»
La réponse est simple : si elles peuvent (sous certaines conditions) créer leur propre monnaie, leurs concurrentes n’acceptent, elles, que de la monnaie banque centrale, qu’aucune banque commerciale ne peut créer. On se retrouve dans le cas explicité précédemment, à savoir que les « fuites » vers d’autres réseaux sont proportionnelles à la part de marché des dépôts. Créer de la monnaie pour elles mêmes aurait comme conséquence que cette monnaie va fuir vers d’autres banques au prorata des parts de marché de ces dernières.
b)- « pourquoi les banques, si elles peuvent créer la monnaie, peuvent-elles faire faillite» ?
La réponse est quasiment la même que celle de la question précédente. Néanmoins nous avons tenté de préciser et les réponses, un peu trop longues pour que cet article reste digeste, sont visibles sur la pagehttp://monnaie.wikispaces.com/Dette-FAQ.
Seul un système dit « à réserves pleines » (à l’origine défini par Irving Fisher sous le terme « 100% money », réactualisé par Allais et de nombreux autres économistes) qui est développé sur plusieurs articles, tel celui-ci ou celui-là pourrait permettre à la collectivité le contrôle total et la stabilité de la masse monétaire circulante, la bonne affectation de toute augmentation de la quantité de monnaie, le gain de seigneuriage, et, cerise sur le gâteau, le gel d’environ deux-tiers de la dette publique.
Classé dans:Article invité, Banques, Compléments de "postjorion", Débat monétaire, Holbecq, Monétisation Tagged:agregats, banques, BCE, création monétaire, Holbecq, monétisation, monnaie, système bancaire
11:56 Publié dans à publier, Crédit, Finance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook | |
Imprimer |





