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vendredi, 30 novembre 2012

Créons un Erasmus de l’emploi !

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29 novembre 2012 LES ECHOS PARIS

SUR LE WEB

"Prêts à l'emploi" : une manifestation du Battlefront Campaign devant une agence pour l'emploi, visant à attirer l'attention sur le chômage des jeunes au Royaume-Uni. Londres, octobre 2011.

"Prêts à l'emploi" : une manifestation du Battlefront Campaign devant une agence pour l'emploi, visant à attirer l'attention sur le chômage des jeunes au Royaume-Uni. Londres, octobre 2011.

AFP

La crise laisse sur le bord de la route 14 millions de jeunes Européens sans emploi ni formation, mais personne ne parle d’eux dans les discussions sur le budget de l’UE. Et si on consacrait un peu d’argent pour les intégrer dans le monde du travail à travers l’Union ?, propose un consultant français.

Edouard Tétreau

Grâce à la crise des “subprimes”, vous connaissez les Ninja d'Amérique (“no income, no jobs, no assets”). Connaissez-vous les NEET d'Europe ? (Not in Education, Employment or Training)

Les NEET ont entre 15 et 29 ans, et ne sont nulle part : pas d'emploi, pas d'études, pas de formation professionnelle. Il ne faut pas chercher loin pour croiser un NEET dans sa famille, ses amis ou son quartier : ils sont 14 millions en Europe. Un jeune sur six.

Or le NEET commence à coûter cher : 153 milliards d'euros annuels de manque à gagner économique, d'après une étude de l'agence européenne Eurofound. C'est plus que le budget annuel de l'Union européenne (142 milliards d'euros).

Erasmus, seule vraie réussite

A ce propos, les NEET européens ont-ils suivi, ces derniers jours, la farce des discussions inabouties autour de ce budget pour les sept prochaines années ? Savent-ils que l'Europe de Bruxelles, contrairement à ce que l'on pouvait croire en ces temps de crise et d'austérité, est immensément riche? Tellement riche qu'elle envisage de distribuer pas moins de 1 000 milliards d'euros, à tout vent, ces 7 prochaines années ?

  • 420 milliards pour l'agriculture.
  • 300 milliards pour la “cohésion pour la croissance et l'emploi – en fait, les transferts des régions dites riches vers les régions dites pauvres,
    et tant pis
    • (a) si 15 départements français ont un PIB par habitant inférieur à celui de la Grèce ;
    • (b) si les 350 milliards déversés ces 6 dernières années ont eu des effets contestables sur la cohésion (cf. la Grèce), la croissance (- 0,3 % attendu en 2012) et l'emploi (25 millions de chômeurs dans l'Union).
  • 58 milliards pour “l'Europe, acteur global, pourtant globalement très absente, faute de l'existence d'une Europe de la défense, dans la résolution de tous les conflits et dossiers récents (Libye, Syrie, Israël-Palestine, Iran). N'oublions pas les 56 milliards de frais administratifs de l'Union.

Une autre politique budgétaire est possible. Elle consisterait à cesser de subventionner les erreurs et le passé de l'Union, pour enfin s'intéresser à son avenir, à savoir ses jeunes, et prioritairement les NEET.

Il n'a échappé à personne que, tout à leur défense d'intérêts nationaux ou bureaucratiques, les dirigeants de l'Union envisagent la suppression pure et simple d'Erasmus, la seule vraie réussite concrète, tangible et paneuropéenne de l'Union européenne ces dernières années. Erasmus, depuis sa création en 1987, a permis à 3 millions d'étudiants européens de partir étudier dans un des pays de l'Union, avec une subvention très modeste de leurs études (250 euros par mois).

Cela a contribué à créer un esprit et une réalité européens, à rebours de ce qui nous est proposé aujourd'hui, à savoir le repli sur soi derrière ses frontières nationales, l'absence de projets pour les nouvelles générations, la gestion court-termiste des urgences financières.

Depuis sa création, Erasmus a coûté 4,1 milliards d'euros : c'est moins que les erreurs de paiement dans l'exécution du budget de l'Union européenne en 2011 (4,9 milliards d'euros).

Un investissement dans l’avenir

Le moment n'est-il pas venu non pas d'enterrer Erasmus, mais de l'amplifier en proposant un Erasmus pour l'emploi ? Ce programme subventionnerait chaque année, pourquoi pas à hauteur des charges sociales, 1 million de CDD à un an dans le secteur privé – de vrais emplois dans l'économie marchande. Il donnerait chaque année la chance à 1 million de jeunes Européens d'abord de travailler, ensuite de travailler dans un pays de l'Union.

Cela signifie voyager, apprendre à travailler dans une autre culture, une autre langue. Oublier les nationalismes étriqués et les protectionnismes mortels pour vivre l'Europe des entreprises – plutôt que celle des bureaucraties.

En prenant l'hypothèse d'un salaire moyen à 20 000 euros annuels et des charges sociales à 40 %, nous parlons d'une subvention à 8 milliards d'euros annuels. Est-ce trop demander que de consacrer 6 % du budget de l'Union européenne pour un tel investissement ?

On donnera ici raison aux partisans de la rigueur et du contrôle budgétaire de l'Union : ce budget à 1 000 milliards est une insulte faite aux Etats, aux ménages et aux entreprises qui font des efforts drastiques pour réduire leurs déficits ou leurs dépenses. Mais, s'il est un investissement que nous devons préserver et amplifier, c'est bien celui de notre avenir.

Faire un Erasmus pour l'emploi permettrait de redonner un espoir aux jeunes, de créer une dynamique de croissance pour tous en Europe et de renforcer l'esprit européen. Par ailleurs, ce programme améliorerait la compétitivité des entreprises européennes en allégeant les charges de leurs nouvelles recrues. Enfin, il redonnerait une légitimité à des institutions européennes aujourd'hui très éloignées de la réalité des entreprises et des peuples.

Edouard Tétreau

Edouard Tétreau est professeur à HEC et associé gérant de Mediafin www.etatsunisdeurope.com

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vendredi, 13 avril 2012

REPORTERRE : Interview Jean-Luc MÉLENCHON – Règle verte, Planification écologique, sortie des énergies carbonnées

http://www.reporterre.net/spip.php?article2779

Projet de loi déposé le 21/10/2009:  Environnement : instaurer une planification écologique

 

 

« L’écologie politique a été pour moi un choc intellectuel »

Cela a conduit à abandonner « l’aveuglement » (5’57") de l’ancienne gauche « productiviste ». « Et puis surtout, le problème était l’adoption du standard de vie des riches. Ce que les riches voulaient était donc bon, et donc il en fallait pour tout le monde. Et c’est à ça qu’il faut renoncer. Parce que la richesse est synonyme d’irresponsabilité, dans les modes de consommation. Dans la mesure où elle n’a pas à se poser pas les problèmes de la masse, le problème de la responsabilité qu’elle prend, parce que comme elle pense qu’ils sont peu nombreux, tout va bien pour eux. Je me souviens de la période où on disait, Une Mercedes pour tout le monde’. On voulait dire,Ce que les riches ont, alors tous les autres doivent l’avoir’. On avait un regard a-critique sur la consommation »(6’37").

« L’écologie permet de refonder l’ensemble des paradigmes de la pensée de gauche »

« l’écologie a permis de régler des problèmes théoriques. » En effet, toute l’idée progressiste repose sur l’égalité. Mais c’est une vue de l’esprit, tous les hommes ne sont pas vraiment égaux dans l’état de nature (10’30"). Et donc, tous les régimes égalitaires sont par nature totalitaires, parce qu’ils contraignent l’état de nature.« L’écologie politique clot cette discussion. Pourquoi ? Parce qu’elle dit qu’il n’y a qu’un écosystème compatible avec la vie humaine. Donc tous les êtres humains sont semblables en ceci que si cet écosystème disparaît, ils disparaissent tous en même temps. Donc ils sont bien semblables, et égaux, devant la contrainte de cet écosystème. De là, tout le reste vient, qui se trouve fondé objectivement. Si nous n’avons qu’un seul écosystème qui rend la vie humaine possible et que nous sommes tous semblables, il y a donc un intérêt général humain. L’intérêt général, dont on avait entendu dire pendant des années – et j’ai fait partie de ceux qui disaient ça –‘l’intérêt général est une construction idéologique, intérêt général égale intérêt du capital’. Ben non, pas du tout, il y a un intérêt général humain. S’il y a un intérêt général, comment le connaître ? En en discutant »(10’40").

La discussion permet deux idées fondamentales. Il n’y a pas de vérité révélée : « Un, nous ne sommes jamais dans la certitude » (11’50"). Et deux, « nous sommes plus intelligents à plusieurs qu’à un seul, donc, comment allons-nous trancher ? C’est la démocratie. D’après quelle règle ? Ce qui est bon pour tous. Et qu’est-ce qui est bon pour tous ? Ce qui nous rend davantage égaux et davantage en osmose avec notre écosystème. Et donc au terme, on voit qu’on arrive à avoir refondé l’ensemble des paradigmes organisateurs de la pensée de gauche, le socialisme, l’humanisme, les Lumières, la République, et la démocratie, et nous n’avons rien abandonné en route » (11’54").

« Ensuite je suis passé à un deuxième niveau : y a-t-il une classe écologique ? » (12’50") « Certains sont par rapport à l’environnement dans une situation particulière. Les travailleurs sont en première ligne. C’est eux qui manipulent les produits pourris. La classe de contact avec la catastrophe écologique, c’est la classe ouvrière. » La classe d’intérêt général est la classe ouvrière.

Ainsi, augmenter le SMIC est une mesure écologique, parce que cela permet de mieux soutenir et donc de soutenir une agriculture paysanne.

15’39" « Je m’interdis le mot croissance »

La planification écologique est l’outil maître de la politique environnementale du Front de gauche. Pourquoi ? Parce que « la production aujourd’hui est entièrement commandée par le court terme »(15’57"). Les entreprises doivent rendre des comptes tous les trois mois. « On a besoin de temps long pour faire diverger la machine. La planification, c’est ralentir le temps. »  (16’35").

« Deuxième point : nous ne sommes plus dans la politique de l’offre »(16’48"). Autrement dit, pas question de soutenir aveuglément la production de n’importe quoi. Il s’agit de mener une politique de la demande. Mais en analysant comment elle devient écologiquement responsable et en s’interrogeant sur les besoins, selon « un impératif commun à toutes les réflexions et à toutes les réorganisations de la production et de l’échange, qui serait la règle verte, c’est-à-dire diminuer l’empreinte écologique de la production, et le faire d’une manière sérieuse et méthodique »  (18’08").

Jean-Luc Mélenchon a abandonné le dogme de la croissance : « Le PIB [produit intérieur brut] est un instrument de mesure extrêmement rustique, il n’est pas utile pour ce qu’on a à faire » (19’06"). En fait, il s’agit de « la doxa, c’est la bataille des mots. Quand vous avalez le mot, vous avalez la grammaire avec. Quand vous avalez le mot PIB, vous avalez le mot croissance, et puis vous avalez un mot que vous ne prononcerez jamais, c’est le mot d’irresponsabilité » (19’27").

« Je m’interdis le mot croissance, je disla relance de l’activité’, je ne parle jamais de croissance dans mes discours. Ce n’est pas que la croissance soit un problème, mais je sais très bien ce qu’on met dedans. Et d’ailleurs, la relance de l’activité implique de la décroissance dans certains domaines » (19’48").

Certaines productions devront croître, comme celles des services à la personne, s’occuper des petits, des personnes dans la dépendance, mais d’autres productions devront décroître.

Pour le candidat du Front de gauche, il y a là « une rupture idéologique de fond avec la social-démocratie : nous ne disons pas que nous allons répartir les fruits de la croissance ! La social-démocratie est organiquement liée au productivisme, quand elle dit ça [répartir les fruits de la croissance], puisqu’elle déclare qu’il n’y a de progrès social que dans le cadre du productivisme. Nous, on pense exactement l’inverse, on pense qu’il n’y a de progrès économique que s’il y a du progrès humain et du progrès social » (20’43").

M. Mélenchon reconnaît que le parti communiste n’est pas arrivé au même point que lui : « les communistes ne proposent pas de partager les fruits de la croissance, ils proposent de partager tout », mais « la discussion n’a pas été très avant… Il y a beaucoup de débat au sein du parti communiste ». « Je veux convaincre mes camarades communistes que l’écologie est la réponse aux questions qu’ils se posent, et non pas quelque chose qui nie leurs préoccupations – c’est leur principale crainte » (22’50").

Le candidat critique ensuite vivement la publicité : elle « est un impôt privé : on vous conditionne, et vous payez votre conditionnement » (27’40"). « Il faut arrêter l’orgie » (27’23").

26’33" L’océan est la nouvelle frontière

L’océan est la nouvelle frontière

A propos de la sortie du nucléaire, Jean-Luc Mélenchon « demande qu’on ne soit pas hypocrite : ou bien c’est dangereux, et alors c’est à la première centrale que c’est dangereux, ou bien ça ne l’est pas, et alors on prend d’autres dispositions. Mais le mi-chèvre, mi-chou n’a pas de sens dans un domaine comme celui-ci » (27’40"). Sa position ? « Ma conviction personnelle, qui n’est pas celle du Front : Je suis pour qu’on en sorte »(29’38").

Il précise : quoi qu’il arrive, on aura besoin de la recherche nucléaire, notamment pour les déchets, et donc, « on va continuer la recherche fondamentale » (28’18").

Par ailleurs, Mélenchon veut développer deux nouvelles énergies – dans lesquelles les travailleurs du nucléaire pourraient se reconvertir : la géothermie profonde, « qui commande en amont plein d’autres activités, dans la sidérurgie, dans la chimie, et dans l’organisation du territoire » (30’25"), et l’énergie de la mer : « Quand on a le deuxième territoire maritime au monde, on a peut-être quelque chose à dire sur le sujet »( 31’10").

Le candidat est réservé à propos de l’énergie solaire, en raison de« l’empreinte écologique des panneaux » (31’40").

Et surtout, il considère que « la sortie des énergies carbonées »représente « un défi extraordinaire » (32’58"), qui devra notamment mobiliser des technologies pointues, y compris dans les nanotechnologies.

Il est moins disert sur les économies d’énergie – mais il est vrai que la durée de la discussion était limitée par un agenda très serré -, évoquant seulement « les process de production » (35’20") et « des milliers d’emplois pour la rénovation thermique ». Quant à la hausse inévitable du prix de l’énergie, il préfère botter en touche : « Nous ne sommes pas crédibles si nous venons avec une dimension punitive » (36’00").

Sur l’étalement urbain, Jean-Luc Mélenchon reconnaît que sa réflexion est limitée : « On n’est pas au point sur l’étalement urbain. La question n’est pas traitée en tant que telle dans notre organisation alors que la situation ne peut plus durer, on a atteint des dégâts sans limite » (41’53"). Il faut cependant « combattre l’archétype enfoncé dans la tête depuis quarante ans » (43’58"), dans lequel tout le monde doit être « propriétaire de sa petite maison ».

Jean-Luc Mélenchon conclut dans l’enthousiasme : il faut « retrouver l’audace des pionniers. Ce monde est beau, il est neuf » (45’00). Et il a une nouvelle frontière, l’océan.

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BONUS : "Mes inspirations en Amérique latine" (commence à 46’28")

Les idées qui ont traversé l’océan :

- "Qu’ils s’en aillent tous", vient d’Argentine ;

- Le nom de "Front de Gauche" vient d’Uruguay ;

- "La révolution citoyenne" a été empruntée à l’Equateur ;

- Et "la manière d’affronter le système médiatique" est imitée de ce qu’ont fait les Kirchner, en Argentine.

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Propos recueillis par Hervé Kempf
et - pour le "bonus" - par Eduardo Febbro ;
Prise d’image et réalisation : Eduardo Febbro ;
Réalisation internetienne : Thierry Eraud.

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lundi, 08 juin 2009

TGV magazine Mai p 96 - LIBRE ARBITRE : DÉBAT SUR UN SUJET QUI DIVISE.

Interview Claude MANDIL et Jean-Marc Jancovici

Industrie lourde

Faut-il taxer davantage les énergies fossiles?

80 % des énergies consommées dans le monde, aujourd’hui, sont d’origine fossile. Or, les prix du pétrole, du charbon et du gaz ne prennent pas en compte les pollutions qu’ils occasionnent: Faut-il alors taxer davantage les énergies fossiles et organiser délibérément leur rareté?

CLAUDE MANDIL
est ancien directeur de l’institut français du pétrole et
de l’Agence internationale de l’énergie.

"Il ne faut pas protéger le consommateur de la hausse des prix".

Il est l’auteur du rapport «Sécurité énergétique et
Union européenne,
».
Sécurité énergétique et Union européenne. Propositions
pour la présidence française,
rapport au Premier ministre
(21avril 2008), par Claude Mandil (La Documentation
française, 2008).

JEAN-MARC JANCOVICI http://www.manicore.com/
est ingénieur-conseil et enseignant.
Le plein s’il vous plaît, de Jean-Marc Jancovici et
Alain Grandjean (Seuil, 2006).
C’est maintenant! Trois ans pour sauver le monde,
de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean (Seuil, 2009).

Nous nous approchons du pic de la production pétrolière qui marquera le début de la baisse de l’offre. Quelle influence ce pic aura-t-il sur le paysage socio-économique mondial?

Claude Mandil :

Si la pénurie est mise sur le compte de ressources géologiques insuffisantes, je ne partage pas le pessimisme des spécialistes dont vous parlez. En revanche, nous assistons à deux évolutions contradictoires. Les investissements d’exploration et de production pétrolière sont en forte baisse du fait de la crise économique et de la raréfaction du crédit. C’est cela qui va diminuer la production dans les prochaines années. Parallèlement, la consommation de produits pétroliers est aussi en baisse, du fait de la crise, bien sûr, mais aussi parce que les comportements commencent à évoluer dans le monde, en particulier pour lutter contre le changement climatique. Voyez aux États-Unis, par exemple. Un scénario optimiste serait que ces deux évolutions soient symétriques. Ce n’est pas exclu.

Jean-Marc Jancovici :

Revenons aux bases. L’énergie est tout simplement l’unité de compte de la transformation du monde. Au siècle dernier, le prix de l’énergie a été divisé par dix. Ce qui signifie que l’unité de transformation du monde coûte aujourd’hui dix fois moins cher qu’hier. Environ 35 % de cette unité de transformation du monde provient du pétrole, dont le prix détermine celui des autres énergies. Jusqu’à maintenant, le pétrole a été disponible en quantité croissante, à coût décroissant. Aujourd’hui, nous nous approchons du pic. Au moment où la taille du gâteau se réduit pour tout le monde, les négociations qui portent sur la répartition des parts de celui-ci risquent d’être difficiles. Les pays fortement dépendants, comme la France, vont voir leur part du gâteau se réduire, et le prix réel de chaque portion de celui-ci augmenter. Ce prix réel peut augmenter à travers un mécanisme de rationnement.

Une intervention publique visant à organiser volontairement la réduction de la consommation de pétrole n’est elle pas souhaitable afin d’éviter de consommer les réserves disponibles et prévenir l’aggravation de la crise climatique?

Claude Mandil :

Le rôle des États est essentiel. Il ne s’agit pas de rationner ou d’interdire, mais de mettre en place les mécanismes qui permettent aux acteurs économiques de faire les bons choix. Cela passe par des mécanismes de marché (les certificats d’émission), des taxes, de la réglementation (codes de construction, par exemple, ou normes de consommation des véhicules et des appareils domestiques), par la suppression des subventions à la consommation (les tarifs réglementés en France) et un vigoureux effort de recherche publique.

Jean-Marc Jancovici :

Nous allons de toute façon réduire, d’ici peu, notre consommation de pétrole sous le coup de la contrainte géologique de l’approvisionnement. Mais la diminution sera d’autant plus dure qu’elle n’aura pas été souhaitée et organisée. Il y a, de toute façon, trop de combustibles fossiles de manière globale (gaz, pétrole, charbon) pour avoir le droit d’attendre le pic pour toutes ces énergies si nous voulons préserver le climat. Si nous voulons réduire volontairement la consommation de pétrole — l’autre terme de l’alternative étant la réduction involontaire — nous aurons alors le choix entre le rationnement, option retenue pour les industriels, et la taxe.

Dans une démocratie, la taxe est néanmoins plus facile à mettre en œuvre pour les particuliers que les tickets de rationnement. Les « permis de polluer » négociables ont-ils contribué à réduire la consommation d’énergie fossile?

Claude Mandil :

Il ne faut pas confondre les objectifs et les moyens. Ce qui limite la consommation d’énergie fossile, c’est la décision politique de limiter les émissions de C02. C’est, par exemple, la décision prise par les signataires du protocole de Kyoto avec des objectifs pour 2012 (moins 8 % par rapport à 1990) ou le projet de l’Union européenne pour 2020 (moins 20 %). Les certificats d’émission — n’appelons pas cela « permis de polluer », c’est inutilement péjoratif— ne sont qu’un mécanisme pour répartir la charge de la façon la moins coûteuse possible. Dans son principe, ce mécanisme est excellent. La mise en œuvre par l’Union européenne, qui a courageusement essuyé les plâtres, a fait apparaître de graves imperfections trop de certificats, pas de mise aux enchères, pas d’institut d’émission pour acheter ou vendre des permis en fonction des cours.

La seconde phase, après 2012, devra tenir compte de l’expérience acquise, et supprimer ces imperfections.

Jean-Marc Jancovici :

Les industriels ont accompli, depuis 1975, des efforts considérables de réduction de leur consommation d’énergie. Aujourd’hui, les mauvais élèves de la classe sont très clairement les particuliers qui n’entendent pas du tout renoncer à leurs déplacements en voiture et en avion, ni au chauffage central l’hiver. Ce système demande cependant à être complété. Les « permis de polluer » ont, aujourd’hui, deux défauts : ils ont été donnés sur des durées trop courtes - trois à cinq ans —, qui ne correspondent pas au temps long d’investissements industriels qui s’étalent sur vingt à cinquante ans; son second défaut tient au fait que les gens n’ont pas de visibilité sur le prix minimal que leur coûtera leur inaction. Il faut améliorer le système en donnant les autorisations, à l’avance, sur des durées beaucoup plus longues. Et encadrer le marché et la spéculation en garantissant une forme de prix plancher et de prix plafond. Ce qui rapproche le système d’une taxe. Si l’on veut que les acteurs acceptent des quantités d’émissions les plus basses qu’il soit possible, il faut alors donner beaucoup de visibilité à ces prix dès le début de la partie.

PROPOS RECUEILLIS PAR ÉRIC TARIANT

01:01 Publié dans Décroissance, Écologie, Énergie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : décroissance | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |

"Home", et après ?

http://www.youtube.com/watch?v=NNGDj9IeAuI

Yann Arthus-Bertrand réussit à faire passer le message d'un écosystème menacé par l'activité de l'homme.

Mais chacun se retrouve bien seul pour enrayer le mal : Le recyclage des déchets, le tri sélectif, moins de gaspillages, et partager équitablement les pouvoirs que nous confèrent les ressources qui sont à portée de nos mains, c’est loin des belles images vus du ciel.

Tout le monde perçoit immédiatement ce qu'il lui en coute pour être  plus écolo. Personne ne voit le prix que lui coûtera son inaction.

Le succès relatif d’Europe écologie, semble montrer que nous nous ouvrons davantage à l'idée d'une exigence de coopération pour nos leaders, ceux-ci seront-ils capables de nous ouvrir à davantage de coopération entre nous ?

00:45 Publié dans Décroissance, Écologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exigence, coopération, coût, inaction | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |

mardi, 14 avril 2009

Télérama 6/4/2009 - Philosophe Dominique Bourg “La croissance verte est un leurre”

Nous sommes dominés par l'idée qu'aussitôt que nous avons acquis le contrôle d'un processus nous devons l'optimiser : Maximiser les gains, minimiser les coûts, intrinsèques, incapables d'imaginer les harmonies qui pourraient être amélioré en dehors !

Nos désirs sont des produits de l'imaginaire occidental, qui est précisément un imaginaire de la transgression des limites. Nous avons conçu l'invention des technologies comme un processus indéfini ; les lois de la physique comme ce qui nous permettait de faire reculer sans cesse les bornes de la nature.

Nous avons vu dans la morale une espèce de code qui pouvait être remis en cause; dans les canons esthétiques, des bornes qu'il convenait de dépasser. Nous avons même fini par transformer le corps, via le sport, en un terrain de transgression des limites.

Le fameux mythe de la croissance est l'expression la plus englobante de cet imaginaire de la transgression.”

 

http://www.telerama.fr/idees/la-croissance-verte-est-elle...

Il faudrait être capable de s'interroger sur le cœur de notre civilisation et de notre modernité. Or nous en sommes très loin. Nous sommes la seule civilisation à avoir « naturalisé » le monde, pour reprendre le travail magistral de l'anthropologue Philippe Descola (2). Nous avons réduit le reste du monde à un stock de ressources naturelles et avons décidé que les autres êtres vivants n'avaient aucun accès à la pensée, au contrat moral, au sentiment... A cela, il faut ajouter la grande mutation individualiste. Nous ne percevons dans la nature que ce qui permet de satisfaire à l'infini, via le marché et les technologies, les désirs individuels. Or ces désirs sont des produits de l'imaginaire occidental, qui est précisément un imaginaire de la transgression des limites. Nous avons conçu l'invention des technologies comme un processus indéfini ; les lois de la physique comme ce qui nous permettait de faire reculer sans cesse les bornes de la nature. Nous avons vu dans la morale une espèce de code qui pouvait être remis en cause ; dans les canons esthétiques, des bornes qu'il convenait de dépasser. Nous avons même fini par transformer le corps, via le sport, en un terrain de transgression des limites. Le fameux mythe de la croissance est l'expression la plus englobante de cet imaginaire de la transgression. Or, c'est précisément cela que la crise écologique remet en cause. Et nous ne sommes toujours pas prêts à l'accepter.

Philosophe Dominique Bourg

La crise financière et économique sont utilisées en jouant sur la finitude des ressources ou des durées de vie finie pour tout processus pour démontrer que la croissance est absurde et plus généralement que notre logique de modèle de dépassement des limites est absurde. La croissance non liée à la démographie est absurde mais les crises ne démontrent qu’une chose : que les systèmes mis en place ont des lacunes de contrôle et de régulation et sont injustes !

L'écologie est devenue le terrain des techniciens. N'est-ce pas un signe d'échec ?
La difficulté, c'est qu'on ne peut pas mettre à bas tous ces a priori culturels et spirituels. On ne peut les faire évoluer qu'avec des leviers indirects, à l'instar de la « contribution climat-énergie » (c'est-à-dire une surtaxe sur le carbone dont le fruit est arithmétiquement redistribué) que la Fondation Nicolas Hulot a proposée lors du Grenelle : elle permet d'introduire de la finitude dans la vie quotidienne des gens. J'y vois une manière de tirer le fil d'un tricot pour finir par le détricoter. Car le spirituel, ou le culturel, ne se transforment pas de front mais de biais, aussi bien par l'esprit que par des mesures très concrètes. N'oublions pas que l'écologie est un mouvement très récent. Dans les années 1970, elle était axée sur l'idée du bien-être, sur la recherche d'une société meilleure. Puis elle a été très naturaliste. Aujourd'hui, elle devient plus une affaire d'ingénieurs. C'est une étape de plus dans sa courte histoire.

Pour vous qui êtes philosophe, ce n'est pas frustrant de n'en appeler qu'à des mesures technico-économiques ?
On ne change pas une civilisation avec des analyses. Ou alors cela met des siècles. Regardez combien de temps il nous a fallu pour changer notre regard sur le travail. Pendant toute l'Antiquité, le travail, c'est ce qui avilit. Au Ve siècle, saint Benoît décrète que le travail conduit à Dieu. C'est un changement radical ! Mais il faudra attendre Adam Smith, et surtout le XIXe siècle, pour qu'il structure effectivement la société. Or nous n'avons pas quatorze siècles devant nous !

La capacité de nos élites à voir ou à ne pas voir le problème est donc fondamentale. C'est LA grande leçon de Jared Diamond (3) : ce n'est jamais pour des raisons environnementales qu'une société s'effondre, c'est pour la façon dont elle y répond. Mais nos institutions sont-elles à même de répondre à ces questions ? Nous sommes toujours des héritiers de la philosophie du contrat : nos sociétés sont organisées de façon que chacun puisse maximiser sa production et sa consommation, nos représentants sont élus pour ça. Et ils n'ont pas été habitués à concilier le court et le long terme. Il faudrait proposer, comme je le fais avec un collègue américain, une chambre de représentants dévolue aux enjeux du long terme.

Pensez-vous qu'il sera possible de retrouver une consommation « raisonnable », plus frugale, en évitant des crises violentes ?
Nous sommes face à une situation potentiellement explosive, avec des Occidentaux habités par des fantasmes de satisfaction infinie des besoins, et des populations indiennes et chinoises dans lesquelles on a instillé ce rêve. Je suis convaincu que seuls un resserrement de l'éventail des salaires et un partage plus équitable des ressources peuvent nous permettre d'affronter ce nouveau monde avec le moins de violence possible.

Je me souviens d'une conférence de l'anthropologue Mary Douglas à Paris dans les années 1990, au cours de laquelle elle avait insisté sur notre besoin de nouveaux brahmanes. Comme elle, je suis convaincu que nous avons besoin d'une caste dirigeante à la de Gaulle, d'une élite anti-bling-bling capable d'affirmer, à l'inverse d'un Séguéla : je n'ai réussi ma vie que si j'arrive à ne pas fantasmer sur une Rolex ! On a besoin de ce qui ne se produit qu'exceptionnellement : rendre désirable la sobriété... bref, un changement culturel et spirituel profond. Sans cela, on ne passera pas de l'illimité au limité

Propos recueillis par Weronika Zarachowicz
Télérama n° 3090

(1) Entrée en vigueur en janvier 2009, cette « loi pour la promotion de l'économie circulaire » vise à inventer, à l'échelle du pays, une économie « zéro déchets » fondée sur les 3 R (réduire l'usage, recycler, réutiliser).

(2) Lire Philippe Descola, “Par-delà nature et culture”, éd. Gallimard, 2005.

(3) Lire Jared Diamond, “Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie”, éd. Gallimard, 2006.

Rendez-vous
La Semaine du développement durable a lieu du 1er au 7 avril, avec comme thème cette année : « La consommation durable ».
Pour en savoir plus : www.semaine dudeveloppement durable.gouv.fr

00:54 Publié dans Décroissance, Écologie, Techno-Sciences | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philosophie, dominique bourg | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |