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dimanche, 04 novembre 2012

R2I : la Révolution Industrielle Informatique

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01/11/2012 - Cinquième partie : DSI (Direction des Systèmes Services d’Information)

Rappel des « chapitres » précédents :

(En anglais, DSI = CIO, Chief Information Officer)

La R2I, Révolution Industrielle Informatique est en marche et rien ne peut plus l’arrêter : infrastructures et usages industriels sont disponibles, des fournisseurs innovants proposent des solutions industrielles ; il ne reste plus qu’à faire profiter de cette R2I toutes les organisations, privées ou publiques, grandes ou petites !

Le nouveau rôle, passionnant, d’une DSI, c’est d’en faire bénéficier l’organisation où elle travaille, ses clients et ses collaborateurs en déployant (vous l’aviez deviné)... un Système d’Information Industriel.

Les nouveaux métiers d’une DSI industrielle

Infrastructures Cloud, usages en SaaS, ce sont d’excellentes nouvelles pour les entreprises, donc pour les DSI dont le métier principal est de fournir aux clients de l’entreprise et à ses collaborateurs un Système d’Information ergonomique, accessible en permanence, flexible, fiable et à faible coût.

IT as a Service
Ce schéma présente le contexte d’une DSI, gestionnaire d’un Système d’Information que je définis comme  : IT as a Service.

Quelques explications s’imposent :

- La DSI sert d’intermédiaire entre ses « clients » et les solutions qu’elle propose. Elle s’organise en quatre équipes principales, pour ses activités métiers :

  • Infrastructures
  • Usages transverses
  • Usages métiers
  • Informatique flexible

Structure DSI Industrielle- Pour les clients, ce sont des « services » et ils vont juger la qualité des services, pas « comment » ils sont fournis. Clouds publics, communautaires ou privés, ils ne se posent même pas la question.

- L’équipe « infrastructures » a la responsabilité de définir quels seront les serveurs, réseaux et postes de travail qui permettent de fournir et utiliser les services proposés. Les choix d’infrastructures (tous les nouveaux usages par navigateur, HTML5...)s’imposent maintenant aux fournisseurs de services applicatifs.

- L’équipe « usages transverses » (Participatique et fonctions support) recherche en permanence les meilleures applications disponibles, les options SaaS étant toujours privilégiées. Elle fait son « marché » parmi les éditeurs de solutions, en n’hésitant pas à privilégier les offres « best of breed » au détriment des solutions intégrées.

- L’équipe « usages métiers » se concentre sur les 3 à 5 processus cœur métiers clefs qui font que Total n’est pas la BNP ou Axa le groupe Bouygues. La construction industrielle, sur mesure, d’applications métiers spécifiques est souvent la meilleure réponse !

- Toutes les réponses aux spécificités d’une entreprise ne se trouvent pas sur étagère. C’est là qu’intervient « l’équipe informatique flexible », décisionnel et BPM (Business Process Modeling), bien évidemment en mode SaaS, pour construire sur mesure, et vite, les réponses aux très nombreuses demandes des métiers pour des processus simples.

- Dans ce monde « IT as a Service », l’une des nouvelles fonctions les plus importantes, les plus nobles devient celle d’agrégateur de solutions. Elle peut être réalisée en interne ou par de nouvelles générations de sociétés de services qui remplacent les anciens « intégrateurs ».

Voilà un beau programme de transformation des modes de fonctionnement et d’organisation d’une DSI industrielle ; le chemin est tout tracé pour les actions à démarrer en 2013 !

Il reste un volet fondamental, les liens avec... les clients de la DSI.

Un Système d’Information au service des clients... internes

Les dimensions marketing et commerciale font trop rarement partie des compétences d’une DSI ; c’est pour cela que je propose la création d’une équipe « relation clients » au sein de la DSI.

Dans ce monde R2I, où une majorité de solutions sont opérationnelles et prêtes à l’emploi, cette fonction est encore plus essentielle qu’auparavant.

Si la majorité des responsables informatiques ignorent encore trop souvent la richesse et la variété des solutions Cloud/SaaS existantes, cette non-connaissance est encore plus forte du coté des « clients internes », des directions métiers. La DSI doit donc aller vers eux, vendre ces nouvelles approches, faire le marketing des solutions SaaS existantes...

Les modes anciens de fonctionnement, cahier des charges, appel d’offres, maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre sont... devenus obsolètes

Scandale des scandales, ce sont les outils et les solutions existantes qui prennent le pouvoir et non plus les « besoins ».

Encore une fois, l’exemple de l’industrie l’automobile est utile pour comprendre cette nouvelle démarche R2I. Le salon de l’automobile 2012 de Paris vient de fermer ses portes avec environ 2 millions de visiteurs et des milliers de « solutions voitures » présentées. Rares sont les visiteurs qui sont allés sur les stands de Renault, Mercedes ou Ferrari avec un « cahier des charges » pour demander qu’on leur construise la voiture qui correspond à leurs attentes !

Une DSI moderne doit, progressivement, suivre une démarche similaire :

  • Organiser périodiquement en interne des « salons solutions ».
  • Faire venir ses « prospects » sur ces salons pour qu’ils puissent choisir les outils qui s’adaptent raisonnablement bien à leurs attentes.
  • Planifier des démonstrations d’usages professionnels avec les nouveaux objets d’accès « autorisés », smartphones, tablettes, PC portables, Chromebooks...
  • Montrer quelques réalisations récentes en SaaS, BI et BPM pour donner envie à d’autres directions métiers d’aller dans la même direction. Ces réalisations peuvent venir de l’interne ou d’autres entreprises.

Cette démarche s’applique rarement aux applications « cœur métiers ». Dans ce cas, une approche projet, avec des équipes venant des métiers, travaillant avec des professionnels de la DSI qui maîtrisent les outils de construction d’applications sur mesure (en mode Web-HTML5) s’impose.

Un Système d’Information au service des clients... externes

Répondre efficacement aux attentes de ses clients internes, c’est bien, mais cela ne doit pas faire oublier que la priorité absolue reste... les clients externes, qui achètent les produits et services de nos entreprises. De plus en plus de clients utilisent le Web et internet pour dialoguer ou commercer avec les entreprises.

Business as an IT service
Sur ce schéma :

- IT as a Service représente l’IT interne, définie précédemment avec ses usages métiers et tous les composants transverses, génériques.

- Business as IT Services : vu par les clients externes, ce sont toutes les interactions possibles avec l’entreprise, pour commander des produits ou des services, dialoguer avec des collaborateurs, répondre à des enquêtes...

- Infrastructures as a Service : toutes les interactions numériques entre les clients et l’entreprise se font sur la base des standards Internet. Ce point est fondamental : tout le monde comprend que les clients externes vont se servir d’objets, mobiles à 80 %; pour accéder par navigateur aux services proposés par les entreprises ; il ne viendrait plus à l’idée de personne d’imposer des choix d’OS ou de navigateurs aux clients externes. Le même raisonnement s’applique aussi aux ... clients internes !

3270 screenIl y a de moins en moins de raison pour que les clients internes de l’entreprise soient« punis » en étant obligés d’accéder au SI par des applications archaïques, moches, non ergonomiques et qui leurs imposent des choix réduits d’outils d’accès.

Les choix d’infrastructures modernes, navigateurs, HTML5... s’imposent aux entreprises pour répondre aux exigences de leurs clients externes ; autant en profiter pour que ces mêmes choix techniques soient faits pour les applications destinées aux clients internes.

Les challenges « non techniques » d’une DSI industrielle

Les challenges que doit affronter une DSI ne sont plus :

  • Techniques : les infrastructures Cloud, les solutions SaaS fonctionnent très bien.
  • Financiers : les infrastructures Cloud, les solutions SaaS réduisent rapidement et fortement les coûts du Système d’information.

Restent par contre de nombreux challenges majeurs :

- Gérer la réduction des budgets de la DSI : si le pouvoir d’une DSI se mesure encore au nombre de serveurs, d’informaticiens dans les équipes ou de millions dans les budgets, il ne faudra pas s’étonner que les résistances internes à une migration vers des solutions industrielles soient fortes.

- Le refus de voir l’importance des changements qui s’annoncent, faire l’autruche, pour ne pas affronter les changements qui s’imposent.

- Ne pas s’appuyer sur les alibis traditionnels de la « néphophobie », sécurité, confidentialité des données, difficultés de travailler « off-line »... pour bloquer les innovations nécessaires.

- Ouvrir son Système d’Information au maximum, et ne fermer que ce qui est vraiment indispensable. Toute la politique de sécurité actuelle doit souvent être mise à plat, en abandonnant les utopies dangereuses d’une sécurité parfaite ou de la même sécurité pour tous les usages.

- Ne plus considérer les utilisateurs internes comme des dangers, des fraudeurs en puissance ou des pirates dangereux, leur faire confiance et s’appuyer sur leur intelligence pour déployer des applications plus simples et plus performantes.

- Se libérer, dès que possible, du joug de la Direction Financière dont dépend encore trop souvent la DSI. Une vision exclusivement « financière » d’un SI n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui.

- Préparer immédiatement tous les collaborateurs de la DSI aux nouveaux métiers d’une DSI industrielle. C’est la priorité numéro un, car il n’y aura pas un seul métier historique de l’informatique qui ne sera pas impacté par cette R2I.

Résumé : DSI = Direction des Services d’Information

Dans DSI, je propose de remplacer le S, Systèmes, par le S, Services.

Une DSI industrielle se transforme en prestataire de « services », en majorité achetés, certains construits sur mesure.

DSI en 2015 : ce sera, plus que jamais, un métier passionnant, porteur d’innovation pour les entreprises et... plein d’avenir pour tous ceux et celles qui sauront s’adapter à ce monde informatique industriel.

Reste un point clef pour réussir : faire partager aux dirigeants de l’entreprise une même compréhension les potentiels de cette Révolution Industrielle Informatique.
Ce sera le thème du sixième et dernier texte de cette série.

Rédigé à 23:35 | Lien permanent

samedi, 29 septembre 2012

XERFI : Passage de l’économie à l’Iconomie

“[…] Nous sommes en crise, parce que comme le disait Gramsci, « le vieux ne veut pas mourir et que le neuf ne peut pas naître ». Dans cet entre deux surgissent les monstres de la prédation économique et financière, du délitement du système productif, du chômage de masse.
On ne reconstruira pas le système productif par de simples mesures macro-économiques. Il ne s’agit pas non plus de copier des pays qui ont su habilement tirer parti des faiblesses des autres. Il faut réviser nos modes de pensée et d’action. Penser la mutation, la rendre intelligible, c’est le but que s’est fixé le groupe de travail de l’association Institut Xerfi. Il s’agit d’impulser le passage de l’économie à l’Iconomie, avec un nouveau modèle de compréhension de l’économie pour penser le monde d’après, la France d’après, éclairer les voies d’une nouvelle compétitivité et d’une nouvelle manière de créer des richesses et des et des emplois.
Or, nous sommes confrontés à un vide, un vide de la pensée et de l’action stratégique. La stratégie, ce n’est pas un ensemble de solutions techniques. Ce n’est pas l’organisation efficace de moyens pour atteindre un but comme on l’enseigne à nos futures élites. En 35 ans de métier, je n’ai jamais vu une grande stratégie sortir d’une analyse stratégique. Je n’ai jamais vu un futur se dessiner dans un modèle économétrique. Non, une stratégie exige une vision, un dessein, une ambition, qui se concrétise dans une orientation. Oui, depuis plusieurs dizaines d’année la France est dans un vide stratégique. L’Iconomie, c’est d’abord la volonté de penser le neuf, c’est aussi une ambition pour la renaissance de la France. […]

Conférence de l'institut Xerfi

Voici les exposés lors de la conférence de l'institut Xerfi le 19 septembre 2012 :

Laurent Faibis, "
Introduction : passer de l'économie à l'Iconomie, pour la renaissance de la France" :

Alexandre Mirlicourtois, "L'état des lieux : les chiffres-clés d'une révolution productive manquée" :

Michel Volle, "L'Iconomie, l'élan du nouveau « système technique » pour reconquérir la compétitivité" :

4) Philippe Moati, "La fourniture d’effets-utiles et l’émergence d'un modèle économique serviciel" :

5) Alain Marbach, "Investir massivement dans l'Iconomie pour créer les conditions d'une nouvelle compétitivité" :

6) Jean-Pierre Corniou, "Comment l'Iconomie va provoquer une nouvelle organisation productive plus performante" :

7) Christian Saint-Etienne, "Pour le retour d’un Etat stratège,
pour une reconstruction du tissu productif
" :

mercredi, 08 août 2012

Michel VOLLE & XERFI: De l’économie à l’iconomie

mercredi 8 août 2012

De l'économie à l'iconomie

http://michelvolle.blogspot.fr/2012/08/de-leconomie-licon...

L’« iconomie » est le système économique qui permet aux consommateurs, aux entreprises, aux institutions et à l’État de tirer pleinement parti du système technique fondé sur l’informatique, l’Internet et l’intelligence partagée. Passer de l’économie à l’iconomie, c’est adopter un nouveau modèle de compréhension de l’économie. Ce modèle permet de définir une orientation stratégique pour la compétitivité, la croissance et la renaissance de la France.

*     *

L'Institut Xerfi s'est donné pour but d'éclairer les voies d'un retour à la compétitivité et à l'équilibre des échanges de la France. Il faut pour cela que notre pays s'oriente vers l'iconomie en adaptant ses entreprises, ses institutions, au monde nouveau qui s'est créé sur le socle physique que fournit le « numérique » avec l'informatisation et la mise en réseau des institutions, du système productif et de la vie personnelle [1].
Si cette adaptation échoue la France perdra son droit à la parole dans le concert des nations : elle sera dominée et colonisée comme le furent au XIXe siècle les pays qui avaient refusé l'industrialisation. Le monde lui-même y perdra l'expression de cet « élitisme de masse » qui est la marque de notre République et de ses valeurs [2].

*     *

Il ne faut pas s'y tromper : le numérique n'introduit pas dans notre société une évolution mineure que l'on puisse maîtriser en ne considérant que les transformations introduites par l'Internet dans les droits d'auteur et l'économie des médias.

Il nous fait franchir un intervalle aussi large que celui qui a séparé naguère la société rurale et féodale de l'ancien régime de celle, industrielle et bourgeoise, qui s'est déployée après la Révolution .

Le numérique automatise en effet progressivement toutes les tâches répétitives, qu'elles soient intellectuelles ou manuelles :  les usines se vident d'ouvriers pour se remplir de robots. En outre la puissance et la rapidité des ordinateurs, l'ubiquité de l'Internet, l'intelligence incorporée dans les programmes ont élargi le domaine du possible et, corrélativement, suscité des dangers nouveaux.

Ce saut qualitatif vers l'iconomie bouleverse les conditions pratiques de l'action productive et donc les entreprises, le marché, les formes de la concurrence et plus généralement toutes les institutions.

*     *

On peut dater du milieu des années 1970 le début de cette évolution. Elle a été alors ressentie plus que comprise et la stratégie, saisie par une sorte d'affolement, s'est orientée de façon cohérente mais malencontreuse au rebours de ce qu'il aurait fallu faire pour tirer parti du numérique et se prémunir contre les risques qu'il comporte :

- alors que dans l'iconomie la compétitivité se gagne, par l'innovation, en conquérant un monopole temporaire sur un segment des besoins, les entreprises françaises ont misé sur la production de masse de produits standards et sur la concurrence par les prix ;

- alors que les consommateurs doivent se procurer des « effets utiles » en choisissant selon le rapport qualité / prix, ils ont été incités à rechercher systématiquement le prix le plus bas ;

- alors que les produits doivent être des assemblages de biens et de services, la production des biens a été délocalisée vers des pays à bas salaires et les services qui doivent les accompagner ont été négligés ;

- alors que la production doit être réalisée par un réseau de partenaires, une sous-traitance brutale a été généralement préférée au partenariat entre égaux ;

- alors que l'entreprise emploie non plus de la main d’œuvre mais du « cerveau d’œuvre », elle a continué à imposer à celui-ci un rapport hiérarchique autoritaire qui le stérilise ;

- alors qu'en France c'est l’État qui a créé la nation et qu'il est l'« institution des institutions [3] », son rôle stratégique a été nié pour faire place à la concurrence pure et à l'autorégulation du marché ;

- la réglementation européenne, adhérant à ce dogme libéral, a rompu la cohésion des infrastructures (télécoms, chemins de fer, électricité etc.) en répartissant leurs organes entre plusieurs entreprises qui se disputent le résultat ;

- alors que l'endettement de la nation résulte de l'accumulation du déficit de la balance des transactions courantes, l'attention s'est focalisée sur la dette de l’État.

Les entreprises ont été victimes de cette stratégie :

- le secteur financier, mondialisé grâce aux réseaux télécoms et automatisé, a été déchaîné par la dérégulation et incité à « produire de l'argent » en parasitant le système productif ;

- la délocalisation a pérennisé des techniques obsolètes et retardé l'investissement que demande l'automatisation ;

- l'effort de R&D s'est le plus souvent limité, en France, à la mise en évidence d'idées judicieuses en laissant à d'autres pays le soin d'industrialiser les produits qui les exploitent ;

- comme les services bancaires informatisés blanchissent efficacement les profits du crime organisé, celui-ci s'efforce de contrôler le système productif et rivalise avec l’État pour instaurer un pouvoir politique de type féodal.

L'ensemble de ces dispositions a créé les conditions d'une crise économique durable ou, comme disent les économistes, d'un « déséquilibre ».

Il en est résulté un désarroi dans l'opinion commune : alors que chacun estime avoir droit à la satisfaction de ses besoins et au statut social que confère un emploi, nombreux sont ceux qui se disent hostiles à la science, à la technique et aux entreprises qui les leur procurent.

Une autre idéologie, tirant prétexte du respect dû à la nature, prétend qu'une « décroissance » s'impose.

*     *

Cependant les pays émergents, affranchis des habitudes et préjugés qui entravent chez nous les institutions en place, se sont lancés hardiment dans le numérique et ont conquis l'avantage compétitif. Ils n'adhèrent assurément pas à l'idéologie de la décroissance !

Certes, la rapidité de leur évolution résulte pour partie d'un rattrapage et elle s'accompagne de tensions sociales et de dégâts déplorables dans l'environnement : il ne s'agit donc pas de les prendre pour modèle, mais ils montrent ce que le numérique rend physiquement possible pour peu que l'on sache surmonter les limites et blocages qui entravent nos institutions, les préjugés qui inhibent notre jugement.

Il s'agit ainsi de renverser l'ensemble des orientations stratégiques qui ont prévalu depuis les années 1970, et que nous avons énumérées ci-dessus, pour orienter l'économie – et, plus profondément, la société tout entière – vers l'iconomie.

La France dispose d'atouts qui peuvent lui permettre de reprendre l'initiative et de montrer la voie à l'Europe : un niveau culturel et scientifique élevé, l'existence d'un « honneur professionnel porteur de devoirs qu'on ne peut négliger sans déchoir [4] » qu'accompagnent le goût de l'initiative et de la recherche de solutions, la fierté du beau produit, le désir de performance.

1) Il faut d'abord restaurer, dans l'opinion commune, la place qu'occupent la science, la technique et l'entreprise : chacun doit comprendre que la consommation doit être collectivement gagée par une production et que l'entreprise est le lieu naturel de l'action productive.

Le rôle crucial du numérique dans la société et dans l'économie exige que le système éducatif s'y adapte, en introduisant à tous les stades de l'école, du collège et du lycée des enseignements d'informatique destinés à initier les élèves aux aspects les plus fondamentaux de cette discipline, notamment à la programmation, qui en est le centre.

L'iconomie va de pair avec une consommation sobre, sélective et attentive à la qualité des produits, et avec des entreprises qui traitent leurs déchets et recyclent leurs produits en fin de vie : cela ouvre la perspective d'une « croissance intelligente », respectueuse de la nature et capable de répondre aux exigences les plus élevées de l'écologie.

2) Les entreprises doivent être incitées à s'organiser conformément à l'iconomie :

- conquérir par l'innovation un monopole éventuellement temporaire sur un segment de clientèle dont on aura identifié et anticipé les besoins ;

- le conforter par la pratique vigilante du secret et par un renouvellement continu de l'innovation tirant parti des progrès de l'informatique et des nouveaux matériaux ;

- associer enfin à chaque produit les services qui renforcent sa qualité et assurent la satisfaction du client : maîtrise des délais d'approvisionnement, dépannage et maintenance, information et formation, remplacement et recyclage en fin de vie etc.

Le réalisme les invite en outre à instaurer un échange équilibré de la considération avec leurs salariés, clients, fournisseurs et partenaires : c'est une condition nécessaire de l'efficacité de l'action productive lorsqu'elle est réalisée par un réseau de « cerveaux d’œuvre ».

Contrairement à ce que l'on dit souvent, l'effort ne doit pas concerner seulement les PME et autres ETI : les grandes entreprises du CAC40, voire du « CAC400 », sont autant de têtes de réseau qui assurent une fonction stratégique d'orientation. La qualité sémantique et pratique du système d'information, qui assure et contrôle la qualité du produit jusque dans les mains du consommateur, doit être le premier souci de leur dirigeant.

3) L’État a lui-même une responsabilité d'entrepreneur envers les grands systèmes de la nation (système éducatif, de santé, judiciaire, de défense, législatif etc.). Il doit sans relâche rappeler les institutions concernées à leur mission et les inciter à s'affranchir des habitudes, procédures et formes d'organisation qui répondaient au système technique antérieur mais sont aujourd'hui obsolètes. L'appel à l'honneur professionnel et le témoignage de respect envers les valeurs attachées à la mission seront ses meilleurs arguments.

L’État doit aussi veiller à ce que l'économie dispose des infrastructures nécessaires : même si cela suppose de contredire les institutions européennes, il devra restaurer la cohésion des réseaux tout en les encadrant par une régulation attentive au bien commun.

Envers les entreprises et le secteur privé lui-même l’État doit remplir son rôle d'institution des institutions : d'abord en faisant en sorte que les entreprises où il détient une part significative du capital soient d'une efficacité exemplaire, puis en utilisant les leviers que lui procurent son rôle réglementaire, son rôle financier et son rôle d'acheteur.

Enfin, les dangers que le numérique apporte doivent être identifiés et combattus résolument : cybercriminalité, blanchiment informatisé, automatisation excessive, manque de sécurité et de fiabilité etc.

*     *

Pour pouvoir passer à l'action, la stratégie dont nous donnons ici une esquisse devra être précisée selon les domaines où elle doit s'appliquer. C'est la mission que se donne l'Institut Xerfi, et qui orientera ses travaux dans les prochaines années.
_____
[1] Bertrand Gille, Histoire des techniques, Gallimard, La Pléiade, 1978.
[2] Philippe d'Iribarne, La logique de l'honneur, Seuil, 1993.
[3] Maurice Hauriou, La théorie de l'institution et de la fondation, 1925.
[4] Philippe d'Iribarne, L'étrangeté française, Seuil, 2006, p. 87.

18:17 Publié dans Numérisation de la société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |